Departmental Bulletin Paper L'avènement du sujet chez Lévinas : la méditation sur la dialectique de l'il y a dans son retour et de l'hypostase dans sa différenciation

Suenaga, Eriko

12pp.24 - 61 , 2015-12-08 , 京都大学文学研究科宗教学専修
ISSN:1880-1900
Description
Il est vrai que Lévinas n’a pas suffisamment donné d’éclaircissements sur la « méthode » mise en oeuvre dans ses premiers ouvrages De l’existence à l’existant (1947) et Le temps et l’autre (1947). Mais cela était à dessein : il a voulu se faire comprendre au travers de l’application même de cette méthode (cf. EE, 42, TA, 67). En effet, à partir de ses raisonnements, il est possible que les lecteurs aperçoivent ceci : « La méthode d’analyse dialectique à laquelle recourt Lévinas n’est cependant pas intégralement phénoménologique au sens husserlien du terme »1 ; « [m]ais si la démarche dialectique de Lévinas ne relève pas de la phénoménologie constitutive, à l’inverse celle-ci peut relever de celle-là »2. D’où proviennent alors ces facteurs dialectiques ? Comment se reflètent-ils dans la description « phénoménologique » (entre guillemets) du premier Lévinas ? Quel est en somme le « caractère dialectique de la méthode mise en oeuvre par [le premier] Levinas »3 ? Nous nous proposons de répondre à ces questions de manière à élucider le sens des deux motifs principaux traités dans ses premières oeuvres – l’« il y a » et l’« hypostase » – à la lumière de la composition de la « réciprocité » ou de la « dialectique » qu’ils forment. Nous expliquerons d’abord la méthode et les tâches du premier acte de la phénoménologie lévinassienne sous les espèces de celles de l’acte I de la phénoménologie de l’idée de l’Infini. Ensuite, nous déterminerons la terminologie phénoménologique nécessaire pour comprendre les « réflexions sur le vécu » pratiquées dans cette phénoménologie4. En prenant pour exemple la scène 2 de l’acte I de cette dernière, nous éclaircirons enfin la constitution dialectique des situations que le premier Lévinas a décrites. La dualité dramatique latente à un et même « instant », révélée à travers les scènes de l’acte I, ou plutôt le rythme ternaire – thèse, antithèse, synthèse (ou Aufhebung) (cf. EE, 121, TA, 66) – d’événement inhérent à l’« instant » lui-même et marqué par chaque scène de l’acte I, attestera le « caractère dialectique » de la méthode indispensable à la représentation de cet acte.Or, « toute pensée qui, d’une manière ou l’autre, reconduit les substantifs à des verbes »5, notamment celle du premier Lévinas dont la méthode consiste ainsi à « aborde[r] les états comme des événements » (EE, 169), est certes dialectique au sens hégélien du terme. Cependant, pour le dire dans une perspective plus large dirigeant cette étude, la dialectique déployée sous les espèces du caractère dramatique de l’instant n’indique qu’un côté du plan phénoménologique de Lévinas. Sa phénoménologie a d’ailleurs été programmée de façon à ce que « [d]écrire les structures ontologique des phénomènes revien[ne] [...] à décrire les situations concrètes qui les mettent en scène, et [ainsi, que] la description articule l’ensemble de ces structures comme autant de situations s’enchaînant les unes aux autres de manière dramatique »6. Là, il y va du « concept du temps »7 qui est à constituer dans et pour l’esprit, tel que recherché par Hegel ; il s’agit plutôt de l’« oeuvre du temps » (TI, 260) dont l’essentiel consiste à « être un drame, une multiplicité d’actes où l’acte suivant dénoue le premier » (ibid.). Le mot dialectique désigne chez Lévinas à la fois le dynamisme de l’instant et celui du temps comme drame dans lequel s’intègre chaque instant sous forme d’une « situation dialectique ». Le premier porte sur l’optique détaillée et matérielle des scènes (comme dans le travail du metteur en scène), et le second sur l’optique globale et spirituelle des scènes (comme dans le travail du metteur en intrigue, ou du dramaturge). Ces deux travaux devraient être synthétisés par le directeur de scène, en qualité de coopération de la mise en scène théâtrale et de la mise en intrigue théâtrale dans un et même espace théâtral. C’est ce travail de direction, effectué toujours à tâtons, que Lévinas a assumé comme sa tâche propre. De là, on pourrait enfin comprendre ceci : « La phénoménologie de Lévinas, et c’est une des raisons pour lesquelles il a pu, à un moment, qualifier sa méthode de dialectique, n’est pas tant une logique qu’une dramatique des phénomènes. »8
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